Confort d’été : le guide pour concevoir, prescrire et mettre en œuvre des solutions efficaces
Vous avez des interrogations sur le confort d’été ? Vos clients ont besoin de réponses concrètes pour adapter le bâti aux aléas du climat ? Comment gérer l’inertie, parler de déphasage ? On vous explique tout dans cet article qui vous éclairera sur le sujet, en prescription comme en chantier.
Le confort d’été n’est plus anecdotique. Avec la répétition des épisodes de chaleur, les attentes des occupants évoluent, la réglementation se durcit, et la question devient désormais : comment garantir une température supportable dans un logement quand il fait très chaud dehors ?
Un bâtiment fonctionne comme une glacière. On cherche à garder au frais ce qui est à l’intérieur, malgré une enveloppe exposée aux calories extérieures. Mais pour transformer cette idée en solutions concrètes, il faut comprendre par où entre la chaleur, comment le DH (degrés heures) est calculé en RE 2020 pour la construction neuve, et surtout quels leviers techniques en rénovation permettent réellement de faire baisser la température intérieure et viser jusqu’à -10° C cumulés sur le thermomètre intérieur.
Comprendre l’origine de l’inconfort : comment la chaleur entre dans le bâtiment
La chaleur cherche toujours à se déplacer du chaud vers le froid. En hiver, elle quitte la maison. En été, elle y entre. Vous le savez désormais, le premier poste d’entrée de chaleur, c’est la toiture et les combles (30%). Un rampant non isolé laisse donc entrer une quantité massive de calories en très peu de temps :
- 50 m² de rampants non isolés ≈ 3 000 W d’apports de chaleur (soit deux gros radiateurs à fond)
- 50 m² bien isolés ≈ 100 W seulement (la chaleur d’un corps humain)
D’autres points d’entrée de chaleur sont à noter :
- Les vitrages, surtout en orientation sud/ouest ou en fenêtres de toit
- Les parois légères, notamment en ossature bois, plus sensibles parce qu’elles ont peu d’inertie
Enfin, les apports internes (appareils électriques, occupants) contribuent eux aussi à l’échauffement.
La RE 2020 change la donne : le rôle du DH (degrés heures d’inconfort)
Pour la première fois, la réglementation RE 2020 introduit un critère dédié au confort d’été : le DH, pour degrés heures d’inconfort.
Comment se calcule le DH ?
Chaque heure, on mesure l’écart entre :
- la température intérieure réelle,
- et la température de confort définie par la méthode.
Selon la RE 2020, un logement est inconfortable lorsque sa température intérieure dépasse 26°C à 28°C durant la journée et 26°C durant la nuit. A partir de ces seuils, chaque heure de dépassement de température est quantifiée, puis cumulée pour définir le niveau d’inconfort du logement.
Exemple : si l’on mesure une température de 28°C à l’intérieur du logement durant la nuit pendant 1 heure, on multiplie la somme des écarts de température par rapport à la température de référence par le nombre d’heures de dépassement pour aboutir à une valeur de 2°C.h = (28°C – 26°C) x 1h.
La méthode inclut même une séquence caniculaire, ce qui rend les exigences particulièrement fortes.
Les 3 seuils à connaître
Comment se forme le DH sur une journée chaude
DH (°C·h) : cumul, sur la journée, des écarts de température au dessus de la température de confort (ligne ou bande verte). La surface rouge représente les degrés heures qui s’additionnent.
- DH ≤ 350 °C·h : le bâtiment est considéré confortable en période chaude.
- 350–Seuil haut : bâtiment conforme, mais la RE 2020 applique un forfait froid (Cfr) au Cep, estimant qu’un système de rafraîchissement sera probablement utilisé.
- Au delà du seuil haut : non conforme, il faut revoir la conception du bâtiment.
Les valeurs du seuil haut varient en fonction du type de bâtiment (cat 1 ou cat 2), de la zone climatique (H1 /H2/H3) et de la surface moyenne des logements.
Cas typiques : ce que change le DH en pratique
- Maison neuve en zone H2 ou H3 : Les protections solaires deviennent quasi obligatoires, la ventilation nocturne indispensable.
- Maison avec combles aménagés : L’isolation ET l’inertie deviennent essentiels pour rester sous les seuils.
- Bâtiment peu inertiel (ossature bois): Attention : le pic de chaleur peut arriver très vite, d’où l’importance capitale du déphasage ET de l’occultation des vitrages.
Ce que cela change pour vous
Faire baisser le DH dans un projet neuf oblige donc à penser le chantier comme un système global, où isolation, occultation, ventilation nocturne, inertie et déphasage travaillent ensemble.
Les leviers techniques pour tenir le confort d’été
Levier n° 1 : le triptyque isolation – occultation – surventilation nocturne
L’isolation est le moyen le plus puissant de réduire l’entrée de chaleur. On l’a vu plus haut, les rampants mal isolés contribuent massivement à l’inconfort.
En combinant isolation + occultation et contrôle solaire des vitrages + surventilation nocturne, on répond aux besoins et enjeux du confort d’été et de l’adaptation climatique.
Quel niveau d’isolation viser ?
- R ≈ 8 m².K/W en combles aménagés,
- R ≈ 4 m².K/W en murs/pieds-droits/pignons.
Quelles solutions d’isolation adapter ?
- Isoconfort 35 (laine de verre) en double couche pour atteindre les R élevés.
- Isocoton (isolant en textile recyclé) en double couche (combles) ou en 160 mm en murs
- GR 32 en 140 mm en murs
- Isonat Flex 55 (fibre de bois) en double couche en combles aménagés ou en 145 mm en murs pour ajouter du déphasage, notamment en MOB.
Une isolation performante permet un gain jusqu’à 7° C de moins sur le thermomètre intérieur.
Pour assurer l’occultation et contrôle solaire des vitrages, il existe plusieurs dispositifs qui permettent de limiter l’entrée des calories de l’extérieur vers l’intérieur :
- Casquettes
- Stores bannes
- Auvents
- Pergolas
- Stores
- Volets
Quant à la surventilation nocturne, elle reste l’un des moyens les plus efficaces pour faire redescendre la température intérieur l’été, à condition d’ouvrir les fenêtres dès que la température extérieure devient plus fraîche que celle à l’intérieur, c’est-à-dire la nuit. Elle a l’avantage de : rafraîchir les personnes ; rafraîchir les masses lourdes du bâtiment qui ont stocké de l’énergie toute la journée.
Levier n°2 : l’inertie, piège à chaleur
Prenons une analogie très parlante : L’inertie, c’est le pain de glace dans une glacière.
On rappelle que l’inertie est la capacité d’un matériau à emmagasiner de la chaleur ou de la fraîcheur et de la restituer. A l’échelle d’un bâtiment, c’est la somme de tous les matériaux lourds qui va apporter de l’inertie (murs, cloisons en plaque de plâtre, sol béton, meubles massifs…). En résumé, plus un bâtiment a de l’inertie à l’intérieur, plus il sera confortable en été. Cela passe donc par intégrer des parois intérieures lourdes capables d’absorber la chaleur dans la journée, puis de restituer lentement la nuit cet air chaud qui aura été rafraîchi grâce à la ventilation nocturne. Comme un véritable piège à chaleur !
Comment ajouter de l’inertie sans gros travaux ?
Il existe une solution simple : doubler les parements intérieurs, notamment avec une plaque de plâtre lourde Placo® Multiconforts ou Placo® Phonique sur :
- rampants
- plafonds
- murs
- cloisons
Ces plaques à forte densité seront très efficaces pour stabiliser les pics de chaleur en fin d’après-midi et agiront comme autant de pièges à chaleur.
L’inertie permet un gain jusqu’à 2 °C de baisse ressentie.
Levier n°3 : le déphasage, pour retarder l’arrivée de la chaleur
Avant tout, il convient de bien établir le lien entre isolation et déphasage. Tout l’enjeu du déphasage, c’est de retarder le temps que met la chaleur pour traverser les parois et l’isolant et entrer à l’intérieur.
Reprenons la donnée de départ : un rampant bien isolé = 100 W transmis (vs 3000 W s’il n’est pas isolé). Le déphasage à l’échelle du bâtiment est de faire en sorte que les 100 W arrivent à l’intérieur en fin de journée, soit au moment où on peut actionner la surventilation nocturne.
Le déphasage permet un gain jusqu’à 1 °C complémentaire.
Matériaux recommandés
- Fibre de bois en double couche (ex. Isonat Flex 55 200 + 100 mm pour un R = 8)
- Il est possible de mixer les matériaux et avoir une solution hybride, notamment dans le cas de charpentes anciennes avec des chevrons distordus :
- une première couche de laine de verre entre chevrons, facilement ajustable et adaptable aux charpentes tordues (ex : Isoconfort )
- une seconde couche de fibre de bois sous chevrons (ex : Isonat Flex 55)
L’objectif étant, on le rappelle, d’avoir une isolation performante quelle que soit la nature de l’isolant.
Adapter les solutions au type de bâtiment et de paroi
Pour répondre au besoin de confort d’été, les solutions ne sont pas universelles : elles doivent être adaptées.
Combles aménagés
- Isolation double couche Isoconfort 35 (2x180 mm), Isonat Flex 55 (200 + 100 mm) ou Isocoton (200 + 100 mm)
- Ajout d’un double parement en plaque de plâtre pour l’inertie
Maisons ossature bois (MOB)
- Problématique accentuée car peu d’inertie
- Priorité aux parements lourds
Maisons avec grands vitrages / fenêtres de toit
- Occultation extérieure et contrôle solaire à prioriser : c’est ici que les gains sont les plus importants
- Pour rappel, les fenêtres de toit exposées peuvent apporter jusqu’à 800 W pour seulement 2 m²
Mise en œuvre : les points critiques qui conditionnent la performance du confort d’été
A noter que 50 % de la performance dépend de la qualité de la pose.
Points clés en combles aménagés
- Utiliser des isolants semi-rigides (obligatoire en rampants) conformes au DTU 45.10
- Assurer une continuité parfaite entre les couches
- Soigner les points singuliers : pieds-droits, pignons, trappes, gaines
- Employer une membrane hygrorégulable pour l’étanchéité à l’air adaptée (ex : Vario® Xtra) et les accessoires compatibles
Sécurité électrique
- Utilisation de capots de protection pour les spots
- Respect des distances de sécurité
Comment convaincre vos clients
Avant toute chose, le sujet du confort d’été nécessite de cadrer les attentes de vos clients. Et rappeler que le confort d’été n’est pas une promesse de “froid”, mais une promesse de réduction d’inconfort et de santé publique au vu du contexte de dérèglement climatique.
Les gains cumulés identifiés
- Isolation : jusqu’à –7 °C.
- Inertie : jusqu’à –2 °C.
- Déphasage : jusqu’à –1 °C.
Total jusqu’à –10 °C selon la configuration*.